Dans le cadre de sa politique de voisinage, l’Union Européenne finance un programme de développement et de capacitation des acteurs culturels du pourtour méditerranéen : Medculture. Ce programme de quatre ans (2014- 2018) a pour objectif d’accompagner les pays partenaires du sud de la Méditerranée dans le développement et l’amélioration des politiques et des pratiques liées au secteur culturel.

IMG_1048L’approche, consultative et participative, est menée en partenariat avec les acteurs de la société civile, les ministères, les institutions publiques et privées impliquées dans la culture ainsi que d’autres secteurs connexes. L’objectif principal de MedCulture est d’ouvrir la voie au développement d’environnements institutionnels et sociaux qui affirmeront la culture comme vecteur de liberté d’expression et de développement durable.

Emmanuelle était invitée par Medculture à Casablanca du 27 au 29 avril, lors des 1ères rencontres Régionales « Créativité et culture pour le développement », pour partager avec ces acteurs culturels de la rive sud de la Méditerranée son expérience professionnelle. Elle a ainsi présenté le projet de Cultures Trafic et d’Epicentre Factory lors d’un atelier, en présence de Laure Guazzoni (co-fondatrice de La Belle Ouvrage), Karen Joosten (Caravan Production, Belgique) et Kenza Sefraoui (Journaliste au Maroc). L’occasion de faire le point sur les clés de réussite de ces projets et sur la duplicabilité des modèles que nous expérimentons.

Petit retour sur ce temps de réflexion et d’échange…

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Si nous parlons beaucoup des Industries Culturelles et Créatives comme levier de croissance et d’innovation en Europe, force est de constater que les budgets alloués à la culture restent marginaux et que les politiques publiques dans les pays arabes entretiennent un rapport très ambigu à la culture et aux acteurs qui la défendent.

Elle reste, dans ces pays, un secteur sujet à surveillance et censure… la liberté d’expression est pour de nombreux acteurs un véritable combat, qui se joue au risque de privations de libertés ou de menaces sur sa pratique, et cela, malgré la vague de printemps arabes qui a déferlé sur la région ces dernières années.

Aujourd’hui, comIMG_1045me en Europe, les opérateurs culturels sont encouragés à inscrire leur activité dans le secteur de l’économie et à contribuer activement à l’innovation et à la croissance économique de leur pays. Cette posture comporte des risques si l’on ne s’engage pas dans un développement économique qui a du sens et qui intègre l’Homme et le développement durable au cœur de son projet. La relation qu’entretient l’Union Européenne avec le Bassin Méditérranéen est à ce titre ambigüe : l’Europe peut-elle encore parler d’aide et servir de modèle pour ses « voisins », ou doit-elle se positionner en égale avec ces partenaires méditerranéens pour élaborer avec eux, un projet commun de société ? Les dispositifs proposés doivent-ils amener ces pays extrêmement dynamiques et jeunes, et malgré tout accablés par le chômage et l’instabilité politique, dans les mêmes impasses économiques que celles que connaissent les pays européens aujourd’hui ? L’objectif est-il vraiment celui de la croissance et de la compétitivité à tout prix ? Le paradigme porté et défendu par les nouvelles générations d’acteurs culturels du sud de la Méditerranée ne devrait-il pas être plutôt celui d’une économie raisonnée et porteuse d’une véritable transformation sociale ?

C’est certainement du côté de l’économie collaborative et de l’économie sociale et solidaire que devront regarder attentivement les jeunes entrepreneurs de ces magnifiques territoires… ils ont l’énergie et l’ambition du changement et pourront trouver parmi les expériences des entrepreneurs sociaux des pays en émergence toutes les inspirations nécessaires pour inventer les modèles économiques qui correspondront le mieux à leur réalité économique, sociale et politique.

Le seul centre de danse contemporaine au Maroc.

Le seul centre de danse contemporaine au Maroc.

Nous avons tout à apprendre du courage et de l’énergie portée par les acteurs culturels de ces pays, et beaucoup à partager de nos expériences, positives et négatives, nos réussites et nos échecs, d’entrepreneurs culturels et sociaux… pour créer, ensemble, des territoires en dialogue, ouverts et libres, où la circulation des personnes ne se fera pas au péril de sa vie, sur des embarcations fragiles et instables.

Espérons que MedCulture réussisse son pari et que nous pourrons, à notre échelle, coopérer à l’émergence de projets collaboratifs, créatifs et solidaires sur ces territoires.